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Il était une feuille

Il était une feuille avec ses lignes

Ligne de vie

Ligne de chance

Ligne de cœur

Il était une branche au bout de la feuille

Ligne fourchue signe de vie

Signe de chance

Signe de cœur

Il était un arbre au bout de la branche

Un arbre digne de vie

Digne de chance

Digne de cœur

Cœur gravé, percé, transpercé,

Un arbre que nul jamais ne vit.

Il était des racines au bout de l'arbre

Racines vignes de vie

Vignes de chance

Vignes de cœur

Au bout des racines il était la terre

La terre tout court

La terre toute ronde

La terre toute seule au travers du ciel

La terre.

Terre

Un jour après un jour,

Une vague après une vague.

Où vas-tu ? Où allez-vous ?

Terre meurtrie par tant d’hommes errants !

Terre enrichie par les cadavres de tant d’hommes.

Mais la terre c’est nous,

Nous ne sommes pas sur elle

Mais en elle depuis toujours.

Derrière les semelles

vole la poussière

à condition de ne pas battre

l’asphalte des routes goudronnées

dans cette poussière il y a

de quoi rêver

du pollen des fleurs décédées

de la bouse de vache séchée

des éclats amenuisés

de silex ou de calcaire

du bois très très émietté

des feuilles pulvérisées

quelques insectes écrasés

des œufs de bêtes innomées

et tout ça vole vole vole

lorsque c’est un peu remué

et tout ça vole vole vole

vers telle ou telle destinée

projeté à coups de souliers

sur le chemin mal empierré

qui conduit au cimetière

Enfin sortir de la nuit

Enfin sortir de la nuit,

Sortir de la boue.

Ho ! Comme elles tiennent aux pieds et aux membres,

La nuit et la boue !

Ce chemin me conduira aux rivières claires où l'on

se baigne entre deux rives de gazon.

Rivières ombragées par les arbres,

Effleurées par l'aile des oiseaux,

Eau pure, eau pure, vous me lavez.

Je m'abandonnerai à ton courant dans lequel naviguent

les feuilles encore vertes que le vent fit tomber.

Eau pure qui lave sans arrêt les images reflétées.

Eau pure qui frissonne sous le vent,

Je me baignerai et je laisserai le reflet de moi-même

en toi-même, eau pure !

Tu le laveras, ce reflet où je ne veux me reconnaître,

Ou bien emporte-le, loin,

Jusqu'aux océans qui le dissoudront comme du sel.