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Solide comme un roc

Crevassé de petites pluies

de timides érosions

de socs de plantes évanouies

de trous d'insectisations

le rocher poursuit sa route

immobile dans le temps

immobile dans les champs

il vogue aussi vers son about‑

issement final en poussière

qu'emportera le vent

pour redistribuer sur la terre

ce fils du sédiment

à moins que ne sèchent les eaux

que les herbes ne s'éloignent

et les taraudeurs avec elles

à moins que l'air ne s'envole

et que dans un monde désert

le rocher poursuive sa route

jusqu'au final embrasement

Cimetière oublié

Les morts révoltés

les morts syndiqués

sortent du cimetière

avec leurs crânes délavés

pas de prière

devant le calvaire

ils ne se sont pas agenouillés

les morts se sont révoltés

ils arrivent devant monsieur le maire

ils protestent, ils ont violemment protesté

qu'est-ce qu'ils voulaient?

ils s'étaient syndiqués et le maire leur a parlé

colloque discours et rencontre au sommet

ça a duré toute la journée

les morts tenaient des propos de syndiqués

le soir le garde champêtre les a reconduits au cimetière

et puis il a fermé la porte

d'un quadruple tour d'une lourde clé.

depuis ce jour-là le cimetière est abandonné

on ne visite plus le cimetière

Le grain de terre

Une grume entre les doigts

une grume qui roule douce

plus ou moins sphère ellipsoïde

ovoïde telle est la terre

quels doigts la font donc glisser

sur l'orbite qui se déplace

les lois de rationalité

la projettent dans l'espace

deux doigts suffisent pour écraser

la grume comestible

certains craignaient de voir le toit tomber

mais non le poing de géants irascibles

terre tu creuses ton chemin

provisoirement

pendant que le grain de raisin

volens nolens devient vin

L'oblitération

Roi des prés cimetière des champs

que l'on voit du haut du ciel

dans l'avion qui le survole

tu es comme un timbre-poste

collé sur la lettre verte

que la terre envoie au néant

Le limon discute

Dans la terre glaise dans la terre glaise

le pied enfonce profondément

il va jusqu'à la cheville

chercher son origine

et pourtant point ne fut terre

le premier vivant

mais un peu gluant

voguait sur les mers

il ne faut pas chercher si loin

tout retourne en poussière

et pourtant et pourtant

la source est liquide

en plantant ainsi son pied

dans le sol humide

le paysan sait ce qu'il sait

de façon solide

jamais ton pied ne plantera

deux fois dans la même terre

c'est Héraclite qui dit ça

près du cimetière